Printemps meurtrier

C’est le printemps et c’est la plus belle des saisons enfin, cela dépend pour qui. Selon qu’on soit humain ou animal, il n’a pas la même intonation. Bruit des tronçonneuses pour les uns, gazouillis étourdis d’amours pour les autres. Ainsi les nouvelles pousses de vie de la haie plantée jadis par le WWF en marge du dépôt militaire d’Aire la Ville, ont, ce matin, cédé place aux broyeuses annonciatrices du futur centre logistique de l’armée et de la police ; ainsi les courses joyeuses des écureuils habitant les sapins le long de la route de Peney ont été remplacées par celles des pelleteuses creusant les fondations d’un futur hôtel / centre d’affaires ;  quant au chemin des Batailles, il n’aura jamais si bien porté son nom, la robe pourpre des hêtres a disparu et la terre qui nourrissait leurs racines ne verra plus le soleil, le béton lisse  d’une nouvelle zone industrielle l’a rendue stérile à jamais. Combien de temps mon bien aimé bois de Chébé résistera-t-il encore avant que l’arrivée des traxs, après celle des tronçonneuses, n’éventre définitivement ses entrailles ? Là où le pic mar fit son nid et la salamandre son lit, il ne restera alors plus rien. Le sacre du printemps résonne en ce moment, et sans doute pas juste à côté de chez moi, comme un massacre des tympans.

 
 

1e ligne, Aire la Ville. 2e ligne, route de Peney. 3e ligne, Bois de Chébé

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