La forêt disparait

Le 21 mars, jour du printemps, le verdict du canton est tombé, pas de forêt en vue !

Vous souvenez-vous de Bois de Chébé, et de l’article rédigé à ce propos dans le 20Minutes du 27 octobre 2017 ? Les travaux “d’entretien” de la FTI avaient été stoppés en attendant que le constat de nature forestière ou non soit réalisé par le canton. Cela n’a pas empêché la FTI de continuer à “débroussailler”, tout l’hiver, de manière sporadique mais constante. A force de couper les arbres, l’objectif de la FTI sera bientôt atteint, il n’y aura plus de forêt ! La bonne nouvelle c’est que l’eau, auparavant absorbée par les arbres, recommence à stagner et, la zone humide, qui avait disparu avec l’atterrissement progressif et naturel du sol, réapparait ! On pourra bientôt demander le constat de son existence…
Les associations habilitées à recourir demanderont une contre expertise et contesteront le constat dans les délais. Au nom des arbres, de la nature et des riverains, je les en remercie !!!

Face à l’intelligence des arbres où est celle de l’Homme ?

Les forêts sont le seul écosystème où la biodiversité trouve encore moyen de survivre. La végétation arborée, sous toute ses formes et partout, contribue de manière fondamentale à la régulation de la température en milieu urbain. Les arbres nous rendent à nous et à tant d’autres espèces une quantité inouïe de services écosystémiques, ils nous apaisent, ils nous ressourcent, ils communiquent entre eux, ils sont LA VIE.

Alors que le monde s’alarme face à l’effondrement de la biodiversité, aux drastiques changements climatiques et à la disparition dramatique de la forêt, les habitants de Genève et de  ma commune de Vernier en particulier, seront ravis d’apprendre qu’ici, tout est entrepris pour éviter que la forêt ne se développe.

Les exemples sont nombreux mais un me touche plus que tout autre car il se situe non loin de chez moi. Le bois de Chébé, fait partie des corridors biologiques identifiés et reconnus, directement connectés au site de protection des rives du Rhône. Durant des décennies, personne ne s’est soucié de la croissance de ses arbres et la lisière, comme autant de doigts verts, s’est étendue paisiblement ignorant le dess(e)in des humains traçant au même endroit,  l’extension d’une zone industrielle et d’une nouvelle demi- jonction autoroutière.

Réalisant que le carrefour de cette jonction bitumineuse avec les nouveaux blocs de béton industriels se trouvait  là où les arbres poussaient, la  FTI, propriétaire des terrains, pris la tronçonneuse en mains. L’automne dernier, sous couvert d’entretien, elle tenta de réduire en catimini et en copeaux l’insolence des arbres.  Arrêtée in extremis par un voisinage attentif et par mon intervention sur le terrain,  la FTI passa l’hiver à arpenter toute la région, toutes les parcelles pour s’assurer qu’aucun arbre ne se dresserait tôt ou tard sur son plan. De leur côté, les  associations demandaient à l’Etat de reconnaitre la nature forestière de ces extensions et s’activaient (en vain sans doute) à trouver des solutions et des tracés respectueux du voisinage, de la nature et des cultures, dans des ateliers participatifs initiés pas l’Etat. Sans attendre le résultat de ces ateliers, le pouvoir de la FTI associé à celui de l’Etat, étant autrement plus étendu que celui que quelques riverains, le couperet tomba avec le printemps, le 21 mars (ça ne s’invente pas) pour déclarer que ces arbres ne constituaient pas une forêt. En d’autres termes, ils pourraient être rasés et tant pis pour la biodiversité, les riverains, les champs, etc.  Un mois à peine après l’adoption par le Conseil d’Etat de la stratégie pour la biodiversité du canton, la preuve est faite : sa priorité n’est pas la biodiversité. Sa priorité, c’est construire de nouvelles routes pour accommoder le trafic transfrontalier qui nous asphyxie  alors que  le bon sens voudrait qu’on ne l’encourage pas davantage.  Sa priorité c’est le bitume et béton. Les promesses d’espaces verts n’engagent que ceux qui croient encore que la croissance économique résoudra les maux infinis qui nous accablent toujours plus.

La société de consommation à outrance, boostée par l’obsolescence programmée asphyxiera-t-elle notre planète jusqu’à la dernière rivière, au dernier rivage, à la dernière forêt et au dernier chant d’oiseaux ou trouverons-nous enfin la force d’en décider autrement au moins à l’échelle de notre petit territoire?

Si je reste sans rien faire par rapport au sort de ses arbres qui sont mes voisins, alors pour lesquels pourrais-je encore me battre demain, non pas pour moi qui n’en ai plus pour longtemps, mais pour tous les enfants à qui nous nous préparons de manière irresponsable à léguer une planète dévastée. De grâce, réveillons-nous !

 

2 Réponses à La forêt disparait

  1. 31 mars 2018 at 11 h 51 min #

    Puisse ce cri certainement aussi fort que celui des arbres que l’on coupe, mais que ne ne savons pas ou ne voulons pas entendre, réveiller les décideurs avant qu’il ne soit trop tard. Si ce n’est pas déjà trop tard…
    Mais gageons qu’ils ont le sommeil lourd et la conscience bien au chaud sous le duvet, rêvant de la prochaine voiture hybride, c’est mieux pour l’environnement et ça crée du commerce !
    Alors que veut-on de plus ? Les générations futures trouveront des solutions, grâce à la science, à la technique et au GÉNIE HUMAIN !

  2. 29 août 2018 at 13 h 02 min #

    J’espère que cette dernière phrase soit volontairement polémique car imaginer que la technique va régler les problèmes et qu’en plus le génie humain y contribuera relève d’une douce naïveté…il suffit de voir où nous en sommes…

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