Sylva, la petite renarde abandonnée de la forêt de Cartigny

Que d’émotions ce weekend de Pâques ! Je recevais Carole Anne venue de Belgique pour suivre une formation au centre SOS hérissons et voilà que vendredi, une famille de Cartigny nous a apporté une petite boule de poils, sans aucun piquant ( !) au centre de soins pour hérissons. Il faut dire que c’était Vendredi Saint et que personne ne répondait à leurs appels pour recevoir ce bébé abandonné et trouvé dans la forêt le jour même. Une bonne âme ayant donné mon numéro de téléphone, le petit animal était ainsi arrivé chez moi.

N’ayant jamais vu un si petit petit, j’avoue que j’ignorais (tout autant que Carole Anne d’ailleurs) s’il s’agissait d’un bébé fouine, d’un bébé martre ou d’un renardeau. Quelqu’un ayant suggéré que c’était un bébé martre, nous nous étions contentées de cette éventualité, en tout cas dans un premier temps. Là tout de suite, la boule de poils de 200g miaulait tant qu’elle pouvait. Son ventre criait famine, il fallait la nourrir

S’agissant d’un petit de mammifère, le protocole pour les bébés hérissons fut appliqué : Lait pour chiot avec thé de fenouil, histoire d’éviter les maux de ventre dus au changement de régime.

La boule de poils s’agitait passablement. Le biberon ne l’intéressait pas, pas plus que la seringue. Après diverses tentatives, enfin, nous parvenions  à la nourrir. Il était tard, le bébé fut installé dans un nid chauffé au calme afin de dormir et nous aussi ! La famille de Cartigny, rassurée de voir sa boule de poils en bonnes mains put rentrer chez elle, nous donnerions des nouvelles le lendemain.

Tôt samedi matin, Sylva telle que nous l’avions nommée fut à nouveau nourrie. Ce ne fut pas facile mais elle avait pris 10g,  elle avait uriné et été à selles après avoir été massée et tout nous semblait sous contrôle.

Il nous fallait cependant penser au futur de Sylva. L’objectif étant qu’elle puisse retourner à la vie sauvage, il était important qu’elle puisse rejoindre au plus vite des petits de son espèce. Dès lors, le parc Challandes, fut contacté afin de vois si elle pourrait y être accueillie. Sarah qui s’occupe là-bas des bébés, était en vacances, loin de Genève. Comme elle nous avait rassurée sur le fait que nous faisions tout juste, il fut décidé que nous  nous continuerions à nous occuper d’elle jusqu’à mardi soir.

Carole-Anne venue apprendre sur les hérissons, en apprenait tout autant sur notre 30ème pensionnaire exceptionnel. En effet, en Belgique, les centres de soins pour animaux sauvages n’ont pas le droit de soigner les espèces chassables, juste de les euthanasier. J’en restais stupéfaite. A force de vivre dans un canton sans chasse on oublie à quel point notre situation est unique et notre législation pleine de bon sens. J’appris ainsi qu’en Belgique les hérissons soignés ne peuvent pas être relâchés chez les particuliers mais seulement dans des réserves naturelles. Résultat : La sécheresse sévissant, l’absence de limaces et escargots ne leur permettant pas de trouver par eux-mêmes une nourriture suffisamment abondante, Carole Anne se retrouvait au début avril avec plus de 50 animaux en cage. Ici, je  privilégie la libération dans le jardin d’origine. Ainsi, non seulement, les personnes ayant apporté le hérisson suivent avec attention sa convalescence au centre mais elles sont surtout motivées à rendre leur jardin « idéal » pour le retour de « leur hérisson ». J’ai ainsi la garantie que le hérisson bénéficiera d’un appoint de nourriture et d’eau durant les premiers temps et je peux donc les relâcher dès qu’ils vont bien. Ce système permet de sensibiliser les particuliers à entretenir leur jardin de manière naturelle et les coins sauvages propices au hérisson garantissent gîte et nourriture à de nombreuses autres espèces sauvages. La biodiversité qu’on espère maintenir jusqu’au cœur de nos villes en profite et tout le monde est gagnant.

L’inspecteur de la faune sauvage, curieux de découvrir quelle petite bête nous hébergions, nous rendit visite lundi. Après un examen attentif, il s’avéra que Sylva était une petite renarde. Elle fut photographiée sous tous les angles surtout lors du nourrissage. Accrochée à mon doigt, elle tête férocement jusqu’à satiété, un vrai petit vampire, heureusement encore dépourvu de dents !

Mardi, elle avait ouvert un œil et sa pupille verte ne laissait plus de doute, c’était bien une petite renarde d’environ une semaine. Carole Anne partie, j’avais la charge entière du nourrissage du petit goinfre insatiable. Bougillon à souhait jusqu’à que le ventre soit rempli puis complètement apaisé durant une heure avant de recommencer à s’agiter jusqu’à la nouvelle tétée. Inutile de dire que je n’ai pas fait grand-chose sinon servir de maman à petite renarde ce jour-là.

Le temps des adieux arriva presque trop vite tant je m’étais habituée à la présence de cette petite boule de poils attachante. Sarah nous attendait au parc Challandes et je lui remis ma petite renarde en plein santé non sans fierté d’avoir réussi mon examen de maman de substitution pour renardeau âgé d’une semaine.

J’avais un sacré pincement de cœur mais je savais que Sarah s’en occuperait à merveille et me donnerait des nouvelles. Avant de partir, je ne résistais pas à l’envie d’aller rendre visite à Achille, le castor en convalescence. Il faisait plaisir à voir, ses blessures étant presque guéries. Bientôt, il retrouvera la liberté mais en attendant, il profite des bons soins du parc Challandes.

Je reviendrai voir Silva jusqu’à qu’elle aussi puisse retrouver la liberté.

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Lire l’article de 20Minutes du 24 avril 2017

Christina Meissner, 20 avril 2017

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